Mendenhall – Au pays du Sled dog

Tout le monde sait qu’au Canada le hockey est le sport roi. Et si c’est effectivement le cas dans la majorité des provinces, ce n’est pas le cas dans le territoire du Yukon. Ici, la discipline reine est le sleddog, chien de traineau pour nous français.

Où que nous allions, nous voyons des chenils et des chiens de course. Plus l’hiver approche et plus les gens ne parlent que de ça. L’objectif pour tous ? Avoir un jour l’honneur de courir la Yukon Quest. Whitehorse / Fairbanks avec le traineau et les chiens. Plus de 1500 kms de chemins de neige avec un seul ravitaillement obligatoire : 36h à Dawson City.

Plus les ours rafraichissent et plus les plages horaires d’entraînement des chiens rallongent. Les coureurs sont sensibles à la chaleur et il a donc fallu commencer à les entrainer en fin de journée ou au petit matin.

Pour nous, la première expérience fût hors norme. Christina nous a proposé de nous faire la main avec Lady. Lady est une labrador de 3 ans, spécialisée dans la chasse au canard. Elle peut courir 10 min à plus de 25 km/h, mais n’a aucune discipline. Bilan, nous nous trimbalons une petite saucisse ficelée dans un harnais d’athlète, qui n’arrète pas de sauter dans tous les sens car elle prend ça pour un nouveau jeu dont elle ignore les règles. L’enfer.

Heureusement, le lendemain nous avons le droit de choper des coureurs, des vrais. Ombeline part sur Gus, 11 ans, lead dog de l’attelage. Un enduriste que Christina utilise pour réguler le tempo du traineau. Moi je pars sur Jedah, 11 ans également, le second lead dog, utilisée pour suppléer Gus et donner un peu plus de vitesse quand le tracé le demande.

Si ils ont l’habitude d’obéir au doigt et à l’oeil, avec nous ça ne se voit pas vraiment. On est dans la phase de jugement, et tous les coups sont permis. Gus trotine doucettement pour ne pas trop se faire remarquer. Jedah, elle se contente de courir toujours à ma vitesse, de sorte de n’avoir jamais la ligne tendue et ne pas faire une once d’effort supplémentaire. Plus qu’avec Gus, les déuts avec Jed vont vraiment être compliqués.

L’humain est vraiment le boss en sled dog. C’est à nous de donner les changements de direction. Il y a donc un petit package de vocabulaire à apprendre quand on se lance.
Hold on : tiens toi prèt mais n’avances surtout pas je t’en prie, je galère avec les autres chiens derrière.
Hike : les dés sont jetés, on peut y aller. J’espère que tout va bien se passer.
Ha : on tourne à gauche.
Dji : on tourne à droite.
How : on s’arrète là, y a les lignes qui se sont emmelées.
On by : on continue, on s’arrète pas. Si tu peux accélérer un peu au passage c’est top.
Run : je viens de dire On by pour la 5ème fois en 30 secondes, peut-être que run ça marchera mieux.
Come on : mon vocabulaire est limité, je sais plus trop comment te motiver là…
Ah Put#$@ vous me gonflez là : idem qu’en français.

Fort de ce petit vocabulaire, nous avons donc peu à peu réussi à gagner la confiance des chiens. Pas simple au début, Christina est la seule à les approcher vraiment. Il faut donc maintenant leur apprendre à accepter quelqu’un d’autre. Mais à force de les emmener courrir tous les soirs, le lien se crée peu à peu. Nous prenons bien soin de rester avec eux après l’effort, les complimenter et les encourager.

30 min, puis 40 et enfin l’heure. Nous embarquons presque tous les soirs pour ce moment de lacher prise exceptionnel. On s’habille, on enfile les ceintures. On file au chenil. Là les chiens abboient dans tous les sens, ils savent que l’on s’en va pour un run. On sort les harnais et les lignes. Les chiens qui ne courent pas hurlent pour venir. On équipe les chiens. L’ordre sonne : Hike ! Grand silence.

Pour les 60 prochaines minutes, les seuls bruits que l’on entend, sont notre respiration et celle des chiens, se répondant sur le rythme de nos foulées. Il n’y a plus un bruit autour, que le calme. Nous courrons au milieu des forèts, les chiens l’ont attendu toute la journée. Souvent nous prenons le même parcours. Plein Ouest avec le coucher de soleil comme cible à l’aller. Un beau parcours vallonné où l’on peut alterner le rythme de Gus et celui de Jedah.

Les coureurs sont impressionnants de régularité et de concentration. Un écureuil teaverse notre route, mais pas un ne s’arrète où ne se détourne de son chemin. Ils aiment tellement courrir que toute leur tête est à ce qu’ils font. Déjà un moment que l’on avance dans ce sens, il est temps d’attraper la boucle de retour : plein Est avec la nuit qui tombe sur les sommets enneigés. Dernier virage, le chenil est en vue. Les autres chiens recommencent à hurler.

Encore une belle session d’entraînement. Dans 10 jours nous avons notre première course. J’espère que nous serons au niveau de nos chiens.

2 Comments

  1. Christophe GROSReply12 October 2018 at 11 h 58 min 

    Les paysages et vos photos sont magnifiques avec ces premières neiges précoces, vos récits passionnants… On vit pleinement vos aventures !
    Dans le texte, le lapsus, … plus les ours rafraîchissent… c’est un signe !
    Bon entraînement les Frenchinrockes ! Bientôt les rois du sled dog !

  2. Marie-AnnickReply18 November 2018 at 18 h 52 min 

    Je vous envie un peu! Quels paysages et surtout quelle complicité avec vos 2 chiens!
    Bonne course!
    Bisous

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