Col de Spée – bivouac en bord de neige

Notre liste de matériel commence à se dessiner de plus en plus précisément, et il est grand temps de tester sur le terrain la pertinence de nos choix. Nous profitons donc d’un weekend annonçant du grand beau temps pour aller dormir à la belle étoile. Direction le col de Spée et le plateau de Tinnaz. Altitude pour la nuit : 1550 m. Avec un peu de chance nous aurons de la neige.

Pour l’occasion nous optons pour une configuration plutôt light. Pas de toile de tente, ni même de tarp. Une bâche pour le sol, deux matelas, deux duvets taillés pour le froid et deux sur-sacs étanches en ças de pluie. Sac à dos 38 litres, chargés avec le strict minimum + le matériel de photo. Idem pour la tenue, on se dit que la nuit ne devrait pas être trop froide…

Départ d’Annecy en voiture pour relier le plateau es Glières et son monument à la mémoire des résistants de la seconde guerre mondiale. Nous évitons tout le monde à la faveur d’une fenêtre météo mal gérée. Pas de chance, nous démarrons la randonnées sous une désagréable petite pluie fine. On le savait, et en théorie ça ne devrait pas durer plus de deux heures. Juste le temps de relier notre spot de bivouac au final.

Nous attaquons donc cette marche par un très long plat, de quoi se mettre en jambes et discuter tranquillement. Des plaques de neige, vestiges d’un hiver particulièrement fourni en matière blanche jonchent le chemin. Ombeline risque de regretter de ne pas avoir encore reçu ses nouvelles chaussures hautes. On s’en débrouillera. Après une grosse demi-heure, la montée commence pour de bon.

Ce qui est bien sur ce tracé, c’est qu’il n’y a pas énormément de projection, une fois passé le looong début de rando. Nous voilà à grimper sur un sentier bien pentu afin de rallier le col de Spée. Surprise ! La neige s’invite très vite à la fête et en quantité. Après à peine 150 m de dénivelé, le refuge de Spée tout juste dépassé, nous voilà déjà à patauger dans la neige… On croise les doigts pour que les guêtres fassent leur job.

Nous allons adapter un peu la technique de marche, je vais tenter de faire des traces un peu profondes pour qu’Ombeline puisse marcher sans trop se tremper les pieds. Nous croisons quelques personnes rebroussant chemin. Des randonneurs partis pour le col de Spée mais qui dorment au refuge du même nom. Nous montons entre les arbres, dans un air bien frais et parfaitement à l’abri du soleil. Il fait tout de même assez frais.

Le ciel se dégage, la pluie s’est arrêtée. Les cames des arbres nous toisant disparaissent peu à peu. Nous revoilà à l’air libre. Et le col n’est qu’à quelques pas. Encore un petit effort et nous voilà rendus. On profite du panorama sans trop nous attarder car il nous faut encore redescendre sur le plateau et trouver un endroit où passer la nuit. C’est là que les choses se compliquent un peu plus.

Sur ce versant exposé au soleil, la neige a eu le temps de transformer et ne nous soutient pas autant qu’à la montée. Je commence à sentir l’humidité entrer par le dessus de mes chaussures. Pareil du coté d’Ombeline. Heureusement qu’il y a moins à descendre. Si tout se passe bien, nous devrions être rendus dans une grosse demi-heure. Nous tâchons d’éviter les trous cachés et descendons d’un pas rapide. Enfin le sol redevient plat.

Le ruisseau coule avec force : nous n’aurons pas à faire fondre de la neige pour nous hydrater. Par contre tout le plateau est recouvert de neige. Il va falloir se trouver un endroit à peu près sec pour pouvoir dormir tranquille. Nous nous mettons en surplomb de la rivière. Pas le plus à l’abri de l’humidité, mais au moins il n’y a pas de neige ici. Nous décidons tout de même d’aller jeter un petit coup d’œil plus loin. Pour être sûr de ne pas le regretter.

Finalement nous trouvons le spot parfait. Il est temps de poser les sacs et de commencer à préparer le bivouac. Nous cherchons du bois sec pour le feu, quelques pierres pour protéger notre foyer du vent et de l’eau que nous allons filtrer. Ombeline à la scie, moi à la hache, nous nous mettons de coté une belle réserve de bois. On devrait être tranquille jusqu’au coucher.

Le filtre à eau est installé, il ne nous reste plus qu’à démarrer le feu. Nous optons pour un foyer creusé dans le sol, car les seules pierres à portée sont au fond de la rivière. Briquet, bois gorgé de résine et petit branchage seront notre point de départ. Après un premier essai peu concluant, le deuxième sera le bon. Nous voilà avec tout le confort dont l’on peut rêver. De l’eau, du feu, un couchage, etc.

Nous sortons un petit saucisson au génépi en guise d’apéritif et préparons les ingrédients pour le repas. Ce soir au menu : burger d’altitude. Steak au feu de bois, pain chaud, fromage, tomates et petits oignons, champignons et sauce burger. Les patates enroulées de papier aluminium cuisent lentement avec les braises. Il est grand temps de se mettre à table. Nous en profitons pour peaufiner nos plans pour le Canada.

Il est bientôt minuit. Nous nous faisons une réserve de flammes pour nous endormir à leur lueur et glissons doucement au fond de nos duvets. Je crois que l’on a vraiment vu les choses en grand ce soir. J’étouffe tant il fait chaud. Heureusement que la nuit apportera un peu de fraicheur. Nous nous endormons paisiblement sous un ciel parsemé d’étoiles, bercés par le crépitement du bois sec dans le feu.

06h30, les premiers oiseaux commencent à chanter. Le soleil se lève au loin, juste derrière les Aiguilles Rouges. Je me lève afin de faire quelques photos et profiter de cette lumière matinale. Ombeline continue sa nuit, perdue au fin fond de son duvet. Je n’aperçois même pas sa tête sortir de sa capuche. Je prépare un petit feu afin de prendre le petit-déjeuner au chaud.

Ombeline émerge. Nous nous réchauffons auprès du feu, et aussi grâce aux rayons du soleil qui nous ont enfin rejoints. Un petit thé au Jetboil, des biscuits et une compote. Le repas est englouti, nous ramassons nos affaires qui ont eu le temps de sécher un peu. Les sacs sont bouclés, il est temps de repartir. Initialement nous devions faire un tour complet, mais vu la quantité de neige présente, nous choisissons de reprendre le chemin de la veille.

Ombeline part devant, j’en profite pour faire quelques photos. Nous avalons la montée assez vite et restons pas loin d’une heure au col de Spée à profiter de la vue sur le Mont-Blanc et les montagnes alentours. Nous avons encore un paquet de choses à préparer à la maison, nous entamons la descente. La neige a complètement resserré durant la nuit. Nous ne nous enfonçons pas et avançons rapidement.

Une dernière tirée sur le plat. Nous croisons des hordes de randonneurs venus pour la journée, nous sommes vraiment satisfaits de notre timing. Déjà nous voilà rendus à la voiture. Il va nous falloir un peu de temps pour faire le débriefing, mais nous avons plutôt bien visé au niveau du matos. Deux trois réglages, sur les guêtres que nous aurions dû prendre plus grandes par exemple.

Encore quelques sorties comme celle-là et nous serons définitivement prêts pour la grande aventure.

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